Refonte de site web : le vrai déclencheur n’est jamais celui qu’on croit

Il y a une phrase qui revient dans presque tous les premiers appels. « Il faudrait qu’on refasse le site. » Elle arrive tôt, souvent dans les deux premières minutes, et elle est systématiquement suivie d’une justification technique. Le site est vieux. Il est lent. Il ne ressemble plus à rien. Il n’est pas responsive (il l’est, mais mal, ce qui revient au même vu de l’extérieur).

J’ai refait trois sites cette année pour trois clients qui n’avaient rien en commun. Ni le secteur, ni la taille, ni le budget, ni la technologie de départ. En reprenant mes notes de cadrage, je suis tombé sur quelque chose que j’aurais dû voir bien plus tôt.


Trois plateformes, aucun rapport entre elles

Le premier site tournait sur un front Strapi, un CMS headless, depuis cinq ans. Un site vitrine, une dizaine de pages, rien de sorcier. Sauf que l’agence qui l’avait construit a lâché le client l’année dernière. Depuis, plus personne ne pouvait y toucher. Leurs mots exacts : « impossible de mettre à jour ou d’alimenter le site de notre côté ». Une usine à gaz pour afficher des horaires et une page de contact.

Le deuxième, la Clinique du Kobido, était sur Wix depuis trois ans. Template de base, site lent, et une gérante qui n’arrivait pas à obtenir de l’éditeur ce qu’elle voulait. Son sujet : comment aller plus loin que les réglages d’un template tout fait ?

Le troisième, Funbreak, tenait sur Drupal depuis une dizaine d’années. Le client voulait un nouveau design, c’est vrai. Mais surtout il voulait arrêter de payer son agence à chaque virgule déplacée et avoir à attendre 3 semaines pour voir une modification effectuée sur son site.

Un headless moderne, un éditeur grand public, un CMS d’entreprise. Trois univers techniques qui ne se croisent jamais. Trois budgets sans rapport. Et la même phrase, trois fois, formulée différemment :

Qui a les clés de votre site web

« Je ne peux plus toucher à mon propre site. »


Le design n’est pas la cause, c’est la conséquence

Aucun de ces trois clients ne m’a appelé en disant « je suis prisonnier de mon prestataire ». Personne ne dit ça. On dit souvent d’un site qu’il « fait vieux », parce que le vieux se voit, alors que la dépendance se subit sans se nommer.

Sauf qu’un site qu’on ne peut pas modifier vieillit mécaniquement. Les informations ne sont pas corrigées, les contenus se périment, les liens cassent au fil des suppressions.
Chez Funbreak, quinze ans de ce régime avaient produit un joli musée : des pages en ligne complètement vides, d’autres qui se contredisaient d’un paragraphe à l’autre, des informations obsolètes, et des liens qui pointaient vers des pages supprimées depuis des années. Le référencement était inexistant, et par endroits carrément contre-productif.

Ce n’est pas Drupal qui a fait ça. Drupal n’a rien demandé. C’est quinze ans pendant lesquels personne dans l’entreprise ne pouvait corriger une ligne sans passer commande, et pendant lesquels chaque correction avait un prix, donc n’était pas faite.

Le design suit exactement le même chemin. Un site qu’on ne peut pas faire évoluer ne bouge pas, donc il date. Au bout de trois ans ça commence à se voir. Au bout de dix, c’est gênant. Au bout de quinze, plus personne n’essaie de le défendre en réunion.


La question à se poser avant de demander un devis

Ce n’est pas « est-ce que mon site est vieux ». C’est celle-ci :

Qui peut modifier quoi sur votre site aujourd’hui, et en combien de temps ?

Passez la liste, honnêtement :

  • Changer un horaire, un tarif, un numéro de téléphone.
    Vous le faites vous-même en deux minutes, ou vous envoyez un mail et vous attendez ?
  • Publier une actualité ou un article.
    Possible sans intervention extérieure ?
  • Ajouter une page entière.
    Même question.
  • Modifier une mise en page en profondeur.
    Là, avoir besoin d’aide est normal. Mais est-ce que quelqu’un répond, et dans quel délai ?
  • Et celle qui fâche : si votre prestataire actuel disparaît demain matin, qui reprend le site et dans quelles conditions ?

Si vos réponses sont bonnes, votre site n’a probablement pas besoin d’être refait. Il a besoin d’être entretenu, ce qui est un sujet différent et nettement moins cher.

Si vos réponses sont mauvaises, aucune optimisation ne réglera le problème. Ce n’est pas une question de performance ou de charte graphique, c’est structurel. Là, oui, il faut repartir sur de nouvelles bases.


Ce que ça change sur le site d’après

Si le déclencheur réel est l’autonomie, alors le premier critère du nouveau site n’est ni le design ni la technologie. C’est ce que vous pourrez y faire seul.

Ça a des conséquences très concrètes sur la façon dont je construis.

Chez le client Strapi, la priorité était un espace où publier des articles sans appeler personne, plus une traduction français / anglais sur l’intégralité des pages, ce que l’ancien site n’avait jamais eu (vous savez, quand vous passez d’une page écrite en Français à une page en Anglais en moins de 4 secondes).

Chez la Clinique du Kobido, un tunnel de réservation et une présentation des offres qu’elle pouvait faire évoluer.

Chez Funbreak, un blog facile à gérer, des cartes interactives pour présenter les séjours, et des redirections sur tous les liens morts hérités des quinze années précédentes.

Rien de tout ça n’apparaît sur une maquette. C’est pourtant ce qui décide si le client rappellera dans trois ans pour une refonte ou pour ajouter une page.

Sur le plan technique, ça oriente aussi le choix de la base. Un développement WordPress sur mesure permet de mettre en édition libre exactement ce qui doit l’être, et de verrouiller le reste. Le client gère ses contenus, il ne casse pas sa mise en page en essayant.


Combien de temps ça prend, vraiment

Les trois projets, dans l’ordre :

  • Clinique du Kobido, Wix vers WordPress : deux semaines, reprise et refonte de certaines pages comprises.
  • Client Strapi, Strapi vers WordPress : un mois, audit et phase de cadrage inclus.
  • Funbreak, Drupal vers WordPress : un mois, avec beaucoup d’allers-retours pour un design au pixel près.

Deux remarques honnêtes sur ces durées, parce qu’elles ne sont pas toutes justifiées.

Sur Funbreak, une partie du mois écoulé est de ma faute. Le cadrage du design n’était pas assez serré au départ, et on a fait des allers-retours qui auraient pu être évités avec une validation plus stricte en amont. Sur la Clinique du Kobido, j’ai voulu conserver certains éléments visuels de l’ancien site Wix auxquels la cliente tenait. Mauvaise idée puisqu’ils n’étaient pas raccord avec le nouveau design qu’on avait choisi. Les intégrer proprement a été laborieux pour un résultat moyen, et je ne le referai pas et nous sommes depuis revenus dessus.

Côté résultats, la Clinique du Kobido est passée de 82 à 96 sur PageSpeed. Sur la visibilité, les chiffres de la Search Console sont plus parlants : en mars 2025, le site remontait 217 fois dans Google pour 31 visites. En mars 2026, sur le même mois, 1428 affichages et 121 visites. Le site est toujours en ligne, la deuxième année se termine, et la cliente est toujours sous contrat de maintenance.

Chez Funbreak, l’effet s’est vu sur les campagnes publicitaires : par rapport à la même période l’année précédente, le taux de conversion a progressé de 29 % et le volume de leads de 57 %. Précision honnête, le site n’est pas la seule variable dans une campagne, mais quand la page d’arrivée change et que le reste ne bouge pas, on a une idée assez claire de ce qui a joué.

Le site du client Strapi est sorti à 92 sur PageSpeed. Il a une semaine, donc pour le reste on verra dans le temps, et je préfère l’écrire plutôt qu’inventer une courbe.

Pour les budgets, ça dépend trop du périmètre pour être annoncé ici, mais les ordres de grandeur sont détaillés sur la page des tarifs.


Faites le test avant de signer

Si vous êtes en train de faire chiffrer une refonte, essayez quelque chose maintenant, avant de lire le devis. Ouvrez votre site et changez une virgule. Tout seul.

Si vous y arrivez en deux minutes, le problème n’est peut-être pas celui que vous croyez, et une refonte complète est probablement une réponse très chère à une question qui ne se pose pas.

Si vous déléguez cette partie à votre agence, et qu’elle peut modifier cette virgule dans les 24h après l’envoi de votre message, c’est que tout vas bien de ce côté là.

Si vous n’y arrivez pas ou que votre agence n’a toujours pas modifié la virgule 5 jours après votre mail, vous venez d’écrire le vrai cahier des charges de votre prochain site.

Et si vous voulez que je regarde ce que vous avez avant de trancher, demandez-moi un devis. C’est gratuit, sans engagement, et ça vous évitera peut-être d’en signer un ailleurs.

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